Le Bon pasteur
Peintures
Jean-Baptiste de Champaigne
Le Bon pasteur
Jean-Baptiste de Champaigne
Salle 2
Jean-Baptiste de Champaigne (1631-1681)

Huile sur toile
154 x 95 cm

Ni signé, ni daté

Inv : 1962.1. 003

© RMN-Grand Palais (musée de Port-Royal des Champs) / Philippe Fuzeau

Jean-Baptiste de Champaigne

Le Bon pasteur

Description

Une lettre de la mère Agnès à Renaud de Sévigné, oncle de la célèbre marquise, nous apprend que le chevalier a commandé un tableau sur le thème du Bon pasteur à Champaigne pour l'offrir au monastère de Port-Royal. Renaud de Sévigné ne semble apparaître dans la sphère de Port-Royal qu'à la fin de 1659 ou au début de 1660. Au printemps 1661, il se fit bâtir un logis aux portes de l'abbaye de Paris. La commande de cette œuvre pourrait se situer vers 1662 ou 1663. La mère Agnès, alors abbesse de Port-Royal, trouvant le sujet "fort dévot", Renaud de Sévigné lui proposa d'en faire exécuter une seconde version.

On peut supposer que les deux œuvres furent exécutées simultanément. Mais le peintre tardait à remettre son ouvrage. Devant l'impatience de son pénitent, la mère Agnès lui écrivit, dans une lettre peut-être de février 1664 : « Pour ce qui est de votre tableau, vous me dispenserez, s'il vous plaît, si je ne fais écrire pour l'avoir le mercredi des Cendres, mais nous solliciterons que vous l'ayez le mercredi-saint, ou plutôt le mercredi de la Passion ; car il vous faut considérer, s'il vous plaît, que M. Champagne est pressé d'ailleurs, et qu'en cette saison la peinture ne sèche point. Je sais bien qu'il y a longtemps qu'il est commandé ; mais un pénitent ne doit pas vouloir être servi le premier, principalement quand il a fort aimé à être le maître. » On notera que la mère Agnès écrit "M. Champagne" sans préciser s'il s'agit de Philippe ou de son neveu Jean-Baptiste.

La version destinée à la communauté des religieuses de Paris semble avoir été placée sur l'autel de la chapelle sud pour les fêtes de Pâques1664, qui fut célébré le 13 avril. Contraint d'abandonner son logis de Port-Royal de Paris après 1669, Renaud de Sévigné s'installa à Port-Royal des Champs et offrit sa version du Bon pasteur à la communauté des Champs par testament. Jacques Fouillou signale que le tableau aurait été accroché dans l'église abbatiale jusqu'en 1709. Il apparaît accroché sur le mur du réfectoire dans la gravure de Magdeleine Horthemels. Mais il peut s'agir d'une représentation allégorique, tendant à assimiler le repas des religieuses au "banquet de l'Agneau" du nouveau Testament.

Fig. 1 : Pieter Brueghel (vers 1525-1569), Le Bon pasteur,
Amsterdam, Rijksmuseum, RP-P-OB-7382

Il existe deux versions de cette œuvre : celle conservée au musée des beaux-arts de Tours, et celle conservée au musée de Port-Royal des Champs. Dans sa monumentale étude consacrée à Philippe de Champaigne (Léonce Laget,1976), Bernard Dorival considérait que la version présentée au musée de Port-Royal pouvait être l'originale. Philippe Le Leyzour et Claude Lesné, au moment de l'exposition Philippe de Champaigne et Port-Royal (1995) donnaient la préférence à la version exposée au musée des beaux-arts de Tours. Les deux versions sont extrêmement proches et ont pu être peintes à partir du même carton, soit simultanément, soit dans des périodes rapprochées : mêmes dimensions, coloris identiques. La figure du Christ semble toutefois plaquée sur le décor sans réel accord avec la lumière générale de la composition. Ce bon Pasteur, comme celui du musée des beaux-arts de Tours, pourrait revenir à Jean-Baptiste de Champaigne.

Pour cette composition, Champaigne a pu s'inspirer de modèles flamands plus anciens, comme celle d'un bon pasteur gravé par Peter Brueghel l'ancien. Il fait ici la synthèse des deux versions de la parabole. Le visage rayonnant du Christ, sa posture fermement campée, suit la tradition des synoptiques: quand le pasteur retrouve la brebis égarée, il la met, tout joyeux sur ses épaules et rentre chez lui (Luc XV, 3-7 ; Matthieu, XVIII, 12-14). Le chemin couvert de ronces évoque celui de la passion et le texte plus développé de Jean: « le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (X, 1-11).

Œuvre en rapport : Tours, musée des beaux-arts, 801.1.4

© Musée de Port-Royal des Champs

Historique

Commandé à Champaigne (Philippe ou Jean-Baptiste ?) par Renaud de Sévigné pour l’oratoire de son logis à Port-Royal de Paris ; transféré par lui à Port-Royal des Champs après 1669 et donnée à la communauté religieuse vers 1676 (Nécrologe, 1723, p. 116) ; bas-côté sud de l’église abbatiale de Port-Royal des Champs, au-dessus de la porte des sacrements jusqu’en octobre 1709 (Fouillou,1711, p. 207-208) ; transféré à Paris le 30 ou 31 octobre 1709 ; PV de visite de février 1793 : dans le réfectoire du monastère (Tuetey, 1902, p. 323) ; l’inventaire du 11 Vendémiaire an III (RUA, 1865, p. 83, n°180) ; retenu pour le Museum central des arts le 17 avril 1793 (AMMF, II, 1886, p. 51, n°44 ; Guiffrey-Tuetey, 1909, p. 121, n°44) et remis par Lenoir aux conservateurs le 24 juillet 1793 (RUA, 1865, p. 156 ; AMMF, II, 1886, p. 72, n°44 ; Guiffrey-Tuetey, 1909, p. 224, n°44) et signalé sur les inventaires en novembre-décembre 1793 (Guiffrey-Tuetey, 1909, p. 400, n° 385) ; proposé au musée de Grenoble le 25 pluviôse an VII (15février 1798), peut-être destiné au musée de l’école française de Versailles le27 fructidor an VII (13 septembre 1798) et finalement envoyé à Dijon en 1801 (Dorival), en 1803 (Le Leyzour) ou en 1812 (?) ; réaffectation au musée des Granges de Port-Royal, 1963-1985, puis après 1995.

Sources et Bibliographie

Arch. : F21 4500 B, dossier 2, pièce137 [Registre d'attribution aux musées], 1783-1814, Dijon.

Bibliogr. :

Jacques FOUILLOU, Mémoires sur la destruction de l'abbaye de Port-Royal des Champs, s.l., s.n., 1711, p. 207-208 ;

Necrologe de l’abbaïe de Nôtre-Dame de Port-Roïal des Champs, ordre de Cîteaux, institut du Saint Sacrement, Amsterdam, Nicolas Potgieter, 1723, p. 116

Paul LACROIX, édit., « Alexandre LENOIR. Catalogue historique et chronologique des peintures et tableaux réunis au dépôt national des monuments français », Revue Universelle des Arts, avril-septembre 1865, p. 83, n°180 et p. 156.

Inventaire général des richesses d'art de la France. Archives du musée des Monuments français, Paris, Plon, Nourrit et Cie, 1886, II., p. 51, n°44 et p. 72,n°44.

Louis TUETEY, Procès-verbaux de la Commission des Monuments (1790-1794), Paris, Noël Charavay, libraire de la Société de l'Histoire de l'Art français, 1902, p. 323.

Jean GUIFREY, Alexandre TUETEY, « La Commission du Museum et la création du Musée du Louvre (1792-1793) - Inventaire des Objets contenus dans le Museum et dans les dépôts sous la surveillance des gardiens du Museum, 5 novembre-3 décembre 1793 », Archives de l'art français, recueil de documents inédits publiés par la Société de l'histoire de l'art français. t. III, 1909, p. 121, n°44 ; p.224, n°44 ; p. 400, n° 385.

Bernard DORIVAL, Philippe de Champaigne, 1602–1674 : La vie, l'œuvre, et le catalogue raisonné de l'œuvre, Paris, Léonce Laget, 1976, II, p. 58, n°93 (reprod., p. 416).

Alain ROY, Les envois de l'État au musée de Dijon (1803-1815), Paris, Ed. Ophrys, 1980, p. 105

Sandrine LELY, « L’Art au service de la prière : la peinture à Port-Royal », Chroniques de Port-Royal, n°40 : « Un lieu de mémoire : Port-Royal de Paris », 1991, p. 91-118.

Philippe LUEZ, « Philippe de Champaigne et la figure du Christ : sources, fonctions et enjeux », Chroniques de Port-Royal, n°67 : « Le Christ à Port-Royal », 2017, p. 205-214.

Cat. musée : [Dijon] 1818, n°163 (Jean-Baptiste de CHAMPAIGNE) ; 1827, p. 11, n°16 (d’après Philippe de Champaigne par son neveu Jean-Baptiste) ; 1834, n°189 ; 1842, p. 42, n°215 (J.-B.) ; 1850, p. 42, n°215 (J.-B.) ;1869, p.78, n°292 (J.-B.) ; 1883, n°106 ; 1963 (Port-Royal), p. 118, Pl. 53.

Expositions

1957, Port-Royal, n°56 ; 1995, Port-Royal, n°24.